Karthala

  • Des religieux sur les routes de l'exil... L'épiscopat français reçu en corps au Vatican... Les documents de la couverture bornent le chemin d'histoire du catholicisme français que le livre propose, entre les crises qui opposent l'État et l'Église catholique à l'aube du XXe siècle et le concile Vatican II. Les vingt-quatre chapitres analysent des événements, des groupes, des personnalités, des débats pour revisiter soixante-dix années souvent agitées.
    Le premier ensemble est centré sur les crises et les ruptures des décennies 1900 et 1910, de l'offensive contre les congrégations religieuses à la Première Guerre mondiale en passant par la loi de séparation de 1905 qui entraîne des transformations décisives pour l'Église catholique en France.
    Le deuxième ensemble explore les voies du changement dont les formes sont très diverses dans le demi-siècle qui suit la «guerre des deux France»: mobilisations militantes, initiatives pastorales et missionnaires, pensée et action sociales, affrontements intellectuels.
    Le troisième ensemble aborde les années 1960 et 1970 marquées par l'événement Vatican II et ses conséquences durables en observant la participation française au concile, les changements diplomatiques et politiques, les tensions ecclésiales et sociales dans la France gaullienne confrontée à Mai-68.

    Christian Sorrel, agrégé et docteur en histoire, est professeur d'histoire contemporaine à l'Université de Lyon (Lyon 2). Spécialiste de l'histoire du catholicisme français et de ses relations avec la papauté, il a présidé l'Association française d'histoire religieuse contemporaine de 2014 à 2017.

  • Charles de Foucauld est très lié à sa famille: «J'aimais très tendrement ce que le bon Dieu m'avait laissé de famille... Une famille qui faisait tout mon bonheur... Une famille adorée.» Marie de Foucauld, sa petite-soeur, a épousé Raymond de Blic et ils ont eu sept enfants qui sont les uniques neveux et nièces de Charles. Les correspondances présentées dans cet ouvrage permettent de découvrir certains aspects de cet homme qui, avant d'être proclamé «bienheureux», a été perçu par la famille comme le grand-frère, le beau-frère ou tout simplement comme étant «oncle Charles».

    Ces 159 lettres, envoyées aux neveux et nièces entre 1893 et 1916, ont été transcrites à partir des originaux soigneusement conservés par la famille de Blic. Sans faire abstraction de leurs destinataires, elles nous parlent surtout de l'auteur, de son affection, de son regard sur le monde, de ses préoccupations... C'est pourquoi les lettres sont présentées dans l'ordre chronologique en partant des étapes de la vie de Charles.

    Pour éclairer le cheminement des enfants (les neveux et nièces), des extraits des lettres de Charles aux parents (Marie et Raymond de Blic) ont été ajoutés.

    Pour profiter au maximum de cette publication, le lecteur pourra utiliser les index.

    La mise au point de cet ouvrage est le fruit d'une collaboration entre Henri d'Hamonville, Spiritain (fils de Jeanne de Blic, la dernière nièce), Anne de Blic (petite fille de Charles de Blic, le deuxième neveu) et Xavier Gufflet, petit frère de l'Évangile.

  • Évangélisées depuis le début du XIXe siècle, les sociétés douala de la côte et bamoun de l'ouest du Cameroun ont connu une forte interaction des univers culturels autochtones et étrangers. Le missionnaire protestant Jean-René Brutsch, en poste dans le pays de 1946 à 1960, a été un acteur engagé dans cet échange et dans les dynamiques de transculturation du christianisme qu'il a suscitées, non seulement dans la population, mais également chez les missionnaires. Tel est le sujet principal de cet ouvrage, redevable, comme nombre de travaux historiques, du riche fonds d'archives de Brutsch conservé au Défap - Service protestant de mission (Paris).
    Explorant le champ de la transculturation, l'auteure analyse l'enthousiasme avec lequel le peuple douala répondit à l'appel du christianisme comme une stratégie de survie de sa culture. Appliquée au peuple bamoun, l'analyse révèle un rapport différent avec l'altérité chrétienne du fait de l'intrusion de l'islam provoquant des mutations culturelles inédites.
    D'une manière inédite l'ouvrage s'intéresse au retentissement de l'altérité autochtone sur la personnalité et l'oeuvre de certains missionnaires au Cameroun dont Idelette Allier-Dugast, devenue ethnologue et Jean-René Brutsch, resté pasteur. Leurs trajectoires réciproques illustrent le caractère bouleversant d'une expérience missionnaire, confrontée à la différence culturelle. Ils en sont tous deux sortis nantis d'une identité de traverse de sorte que la mission, souvent regardée comme vecteur exclusif de civilisation, a fait l'expérience, elle aussi, d'une altérité qui ne l'a pas laissé indemne.
    Docteur en histoire des Universités de Yaoundé 1 et de Montpellier 3, Nadeige Laure Ngo Nlend enseigne l'histoire ancienne et contemporaine à l'Université de Douala au Cameroun et coordonne le Laboratoire d'Histoire et des Sciences du Patrimoine de cette Université.

  • Jean-Rémi Bessieux (1803-1876) est le fondateur de l'Église catholique au Gabon où il débarque le 28 septembre 1844. Son action est un événement historique pour toutes les Églises catholiques de la côte ouest de l'Afrique où Rome venait d'ériger, en 1842, le vaste vicariat apostolique dit alors «des Deux-Guinées».
    Né dans l'Hérault en 1803, mort au Gabon en 1876, Bessieux avait été nommé vicaire apostolique en 1849, avec résidence à Libreville. Héros incontestable, dans l'histoire de l'implantation du catholicisme en Afrique, dans ses rapports avec les peuples du Gabon, il se montre toujours attentif aux personnes, surtout aux plus démunies, respectueux et bienveillant pour tous.
    Il a beaucoup écrit, relatant sa vie quotidienne, parfois jusqu'à des détails infimes. Après un premier tome, paru en 2007, allant de sa jeunesse à sa consécration épiscopale en 1849, voici le deuxième tome de sa correspondance - présentée, annotée, commentée - montrant le vicaire apostolique à l'oeuvre durant les cinq premières années de son épiscopat de 1849 à 1854.
    Les écrits ici publiés - pour la plupart inédits -, sont pour l'historien une source abondante d'informations: sur la France de la première moitié du xixe siècle; sur le Père Libermann et sa société missionnaire dans laquelle est entré Bessieux; sur l'Église catholique dans ses débuts africains mais également dans les bureaux romains; et bien entendu sur l'Afrique de cette époque, notamment sur toute la côte de Dakar à Libreville.

  • À Madagascar, la «Grande Île», le colonisateur français a exporté et imposé sa langue mais aussi sa religion simple et complexe, en somme le modèle culturel européen.
    Après 1945, à la suite des transformations dues à la modification des mentalités et des jugements de valeurs, la transmission de ce modèle a été assurée efficacement, et même accélérée, par l'action multiforme des congrégations religieuses catholiques et des sociétés missionnaires protestantes anglo-saxonnes et françaises.
    Pourtant, leur place et leur rôle dans le processus de décolonisation et dans la lente montée des Malgaches vers leur émancipation ont été très souvent ignorés, en tout cas peu soulignés, surtout en ce qui concerne l'action des communautés féminines.

    Comment les missionnaires ont-ils perçu les évolutions du contexte malgache qui les ont poussés à infléchir progressivement leur position dans le sens des nationalistes? Tel est le thème que le présent ouvrage propose de découvrir ou de revisiter à travers les archives parfois inédites des autorités religieuses. Le terrain religieux présente l'avantage appréciable d'apporter à la fois un éclairage et une grille de lecture inhabituels sur les changements qui ont affecté Madagascar entre 1920 et 1960.

  • Hérèse de l'Enfant-Jésus, carmélite de Lisieux (1873-1897), est la sainte catholique la plus populaire du XXe siècle. Sa notoriété fulgurante, fondée sur le succès d'un livre posthume, Histoire d'une âme (1898), sans cesse réédité depuis, doit aussi beaucoup à une réputation de sainte à miracles.
    Après ma mort, je ferai tomber une pluie de roses. Ce slogan, répété à satiété dans toutes les publications concernant Thérèse, fait écho à la parution, entre 1908 et 1926, d'annales miraculeuses intitulées Pluie de roses qui ont popularisé plus de 3 200 récits de miracles, fine fleur d'un surnaturel contemporain, sélectionné par le carmel de Lisieux à partir de dizaines de milliers de lettres reçues du monde entier. Ces récits, associés à une imagerie aussi séduisante que pieuse ainsi qu'à une diffusion de reliques en quantités quasi industrielles, constituent le substrat de cette étude.

    Comment expliquer que cette jeune femme morte inconnue à 24 ans au fond d'un petit carmel normand ait pu devenir, en deux décennies, un recours universel avant même sa canonisation (1925)? Voilà la question centrale du livre. Cette réflexion en entraîne d'autres: comment une dévotion se développe-t-elle à l'échelle mondiale, de manière aussi imprévue que subite? Quel sens donner à cet appétit de surnaturel qui s'empare des sociétés catholiques à l'orée du XXe siècle?
    Le succès de Thérèse de Lisieux est lié à une cohérence d'un message porté par une image, cohérence qui s'est construite peu à peu, au contact des nombreux témoignages, récits de miracles, zélateurs, ainsi que des impératifs de son procès de canonisation (1910-1925). Une cohérence cimentée par le surnaturel, lui-même activé par la confiance, elle-même renforcée par la spiritualité thérésienne: telle est la recette.

    Replacés au centre de la catholicité moderne, les miracles thérésiens révèlent également à quel point le catholicisme a joué un rôle central dans les mutations et les recompositions de la croyance à l'aube du XXe siècle.

  • Si le couple en mission, avec ou sans enfants, - pasteur/femme de pasteur, religieux/religieuse - est bien connu pour son travail de concert avec les autochtones, la réalité des rapports, tant individuels que collectifs, entre ces hommes et ces femmes est bien plus complexe qu'il n'y paraît. L'épreuve du temps et l'évolution des moeurs font aussi leur oeuvre.

    Du côté des missionnaires, la subordination des unes aux autres se heurte à la conquête progressive d'une liberté traduite, tantôt dans les faits, quelquefois dans les institutions. Mais les relations hommes-femmes du côté missionnaire ne sont pas sans interroger les milieux autochtones. Elles bouleversent non seulement leur culture mais les missionnaires eux-mêmes, confrontés à des représentations et à des pratiques inédites telles que l'impossible célibat ou la polygamie, eux qui se pensaient porteurs d'une civilisation universelle.

    Ainsi, au-delà des valeurs du christianisme que veulent apporter les missionnaires c'est tout un système de relations interculturelles qui est en jeu avec de multiples acculturations.

    Grâce à l'étude de cas précis, voire de micro-histoires, tout un pan de l'histoire globale se déroule au cours des deux derniers siècles. C'est donc le but des actes du colloque organisé par le Centre de Recherche et d'Échanges sur la Diffusion et l'Inculturation du Christianisme (CREDIC) à Paris en 2016 et rassemblés dans cet ouvrage, appelant à des études ultérieures.

  • Au XIXe siècle, un important élan d'évangélisation marque le début de la christianisation du Congo. Le chant liturgique de cette église missionnaire était fait de chant grégorien en latin et de cantiques traduits dans les langues locales. Mais connaissant les musiques d'Afrique Centrale, on imagine quelle étrangeté ce devait être pour les premiers fidèles congolais ! Aujourd'hui, le chant de l'Église catholique s'est rapproché de ces formes musicales traditionnelles. Cet ouvrage fait l'histoire des choix posés par l'Église du Congo, missionnaire puis autochtone, qui ont permis cette évolution. Quand, comment et pourquoi a-t-on voulu « africaniser » le chant liturgique ? On invoque habituellement toutes sortes de raisons pour l'expliquer : le folklore et l'identité congolaise, la décolonisation, la résistance catholique au régime Mobutu, la réforme liturgique du Concile Vatican II, une « stratégie » pour l'évangélisation etc. Toutes ces raisons sont valables, mais l'ethnomusicologie nous ouvre une autre piste plus intéressante. En Afrique Centrale, la musique n'est pas comprise comme un objet autonome, elle est intimement liée au rite coutumier : elle est un fait social, communautaire, et cela se voit à même les structures d'organisation rythmique et vocale. Le chant des missionnaires européen n'était tout simplement pas compatible avec l'idée congolaise du religieux. Ce livre essaie de montrer comment ont évolué mentalités et pratiques liturgiques dans le bassin du Congo, au cours d'un siècle particulièrement mouvementé de son histoire.

    Cette évolution est souvent étudiée mais elle est paradoxalement mal connue et peu renseignée. Elle est pourtant très actuelle pour l'Église catholique : à l'heure où son barycentre se déplace vers le Sud, le problème de l'inculturation sera le vrai défi du XXIe siècle. Elle est aussi utile pour les ethnomusicologues qui trouveront dans le cas du Congo un exemple de dialogue et d'intrication progressive de deux traditions musicales. La perspective originale permise par l'ethnomusicologie contemporaine permet de jeter un regard nouveau et très éclairant, pour éviter des lectures maladroites de l'histoire et rendre compte de ce phénomène musical dans toute sa richesse.

  • Cet ouvrage regroupe les communications du 35e colloque du CREDIC (Centre de Recherches et d'Échanges sur la Diffusion et l'Inculturation du Christianisme), organisé en 2014 à l'Université de Nantes en collaboration avec le CRHIA (Centre de Recherches en Histoire Internationale et Atlantique). Des chercheurs en histoire, en histoire de l'art et en anthropologie y étudient les identités missionnaires du xixe au xxie siècle. Leurs dix-huit contributions embrassent plusieurs horizons (Afrique, Amériques, Chine, France). Elles examinent le ressenti et le vécu des femmes et des hommes impliqués dans l'évangélisation.
    En s'intéressant aux groupes missionnaires, la première partie présente les différentes communautés d'appartenance qui donnent naissance à des identités collectives. Celles-ci sont à la fois influencées par des facteurs religieux (confession, congrégation, etc.) ou profanes (appartenances sociale, nationale, régionale, etc.). À travers une série de portraits, la partie suivante analyse les multiples dimensions des personnalités missionnaires. Plusieurs auteurs observent la tension qui existe entre l'identité assignée par les groupes d'appartenance et l'identité assumée par l'individu.
    La dernière partie met en avant le rôle des expériences pastorales dans la définition des identités. La diversité des contextes d'évangélisation modifie profondément la vision et l'action des missionnaires et contribue à de nombreux repositionnements identitaires. C'est cet aspect, multiple et changeant, de l'identité missionnaire qui est étudié au cours de cet ouvrage.
    Jean-Marie Bouron est docteur en histoire contemporaine, associé au CRHIA (Université de Nantes) et affilié à l'IMAf (Université Paris 1 Sorbonne). Ses recherches portent sur les dynamiques religieuses et les mutations sociopolitiques en situations coloniale et postcoloniale.
    Bernard Salvaing est professeur émérite d'histoire contemporaine à l'Université de Nantes. Il s'intéresse à l'histoire des missions chrétiennes et à l'histoire de la culture islamique (manuscrits arabes, sources orales) en Afrique de l'Ouest.

  • Une nuit de novembre 1914, au début de la guerre, un train entre en gare de Menton. La jeune infirmière Alice Munet distingue dans l'obscurité les premiers blessés. Elle descend dans la cour et découvre bientôt des soldats Noirs, couverts de bandages ensanglantés. Aussitôt Alice et sa soeur Marie-Thérèse consacrent leurs forces à soigner ces «Tirailleurs Sénégalais». Complètement dévouées à tous, elles se font rapidement aimer. Elles les accueillent chez elles, à la Villa de la Vierge, pendant leur convalescence. Avec beaucoup de respect, elles les sensibilisent à l'amour de Dieu et en baptisent plusieurs. À la fin de la guerre en 1919, les hôpitaux se vident et tous les tirailleurs regagnent leurs pays. Très attachées aux Africains, les deux soeurs désirent continuer leur mission en Afrique même.

    En 1922, avec l'appui du P. Chabert, supérieur de la Société des Missions Africaines, Alice et Marie-Thérèse fondent l'Institut des Missionnaires Catéchistes du Sacré-Coeur. Mais voici qu'Alice meurt dès 1924. Sa soeur Marie-Thérèse poursuit l'oeuvre commencée. Des jeunes filles viennent la rejoindre. Plusieurs groupes partent successivement en Côte d'Ivoire, en Gold Coast, au Togo et au Dahomey; d'autres fondent des Foyers pour accueillir les soldats noirs en garnison dans le sud de la France.

    Le P. Chabert et Alice ont élaboré les premières constitutions de l'institut sans avoir vécu en Afrique Noire. Les Soeurs sont donc attentives aux directives des missionnaires sur le terrain et de leurs évêques, sans jamais oublier leur charisme des origines: visiter les gens chez eux, être des catéchistes autant et plus que des infirmières et des enseignantes. Avec une généreuse facilité, le moment voulu, elles laissent leurs oeuvres à d' autres congrégations pour aller toujours plus loin auprès des populations les plus abandonnées!
    Ces Soeurs travaillent aujourd'hui au Togo, au Bénin et au Cameroun. Quoique pas très nombreuses, elles ont communiqué leur flamme apostolique à leurs jeunes Soeurs Africaines.

  • Cet ouvrage se penche sur cinquante ans d'histoire du catholicisme - des lendemains du concile Vatican II (1965) aux débuts du XXIe siècle -, en s'en tenant au cadre lyonnais. Renouvellements et adaptations essaient de répondre aux défis de cette période. De nombreuses lignes de partage opposent générations ou sensibilités. L'héritage religieux de Lyon, confronté aux vicissitudes d'une métropole, y a exacerbé les mutations et contribué à faire de la ville un observatoire pertinent abordé selon trois axes.

    Le premier axe s'interroge sur le catholicisme social en action. Celui-ci a été stimulé par les tournants majeurs qu'ont été l'encyclique Rerum Novarum (1891) et le concile Vatican II, mais à Lyon, nourri par l'apport de grandes figures de précurseurs, (Frédéric Ozanam, le père Chevrier.), il s'est prolongé dans des initiatives contemporaines, comme Habitat et Humanisme ou Notre-Dame des Sans-Abri, répondant aux précarités sociales propres à une grande cité économique.

    Les évolutions sociales ou culturelles de ces cinquante années ont mis la religion en mouvement : c'est le deuxième axe. Le contexte de sécularisation, joint à la crise des vocations, a imposé à l'Église lyonnaise des reconfigurations du clergé, tandis que les sensibilités religieuses se trouvaient bousculées. De nouvelles expressions religieuses ont ainsi vu le jour, qu'il s'agisse d'affirmations identitaires ou de mouvances alors en plein essor, tel le Renouveau charismatique.

    Le troisième axe - une religion dans la ville - prend pour point de départ le territoire de Lyon et de la métropole. Le catholicisme a dû s'adapter aux extensions urbaines, en redessinant la géographie du diocèse, et en prenant en compte les particularismes locaux et les lieux de savoir. L'espace urbain rend alors visible de nouvelles expressions de la foi, comme l'illustre le renouveau des festivités du 8 décembre.

  • Née le 8 septembre 1926 à Roubaix, Soeur Marguerite Tiberghien entre dans la société des Filles de la Charité en 1950. Après 22 ans d'enseignement en France, elle part pour le Congo Brazzaville où elle va réaliser enfin sa vocation: être missionnaire au service des plus pauvres. En 1975, elle fonde l'École spéciale de Brazzaville pour accueillir tous les exclus du système scolaire (enfants et jeunes déscolarisés, adultes illettrés et handicapés). Après avoir vécu les deux guerres civiles (1993 et 1997) qui ont ensanglanté le Congo et maintenu, malgré les combats, l'enseignement à l'École spéciale, elle rentre en France en 2004. Depuis son retour, elle ne cesse de parcourir la France pour récolter des fonds pour son École et poursuivre le combat de sa vie: «Instruire un enfant, c'est sauver un homme. Instruire la jeunesse, c'est sauver un peuple». Âgée de 89 ans, elle continue de proclamer avec force: «Il est inacceptable de ne pas savoir lire à 15 ans! Un enfant qui ne va pas à l'école dresse les murs de son exclusion. L'analphabétisme est un orphelinat mental dont on ne sort que par l'enseignement primaire.» Et quel plus bel exemple de la réussite de son apostolat et de sa lutte contre l'analphabétisme que celui de ce jeune Congolais qui, en 2004, juste avant son départ pour la France, vient la voir et lui dit: - «Ma Soeur, vous me reconnaissez?» C'était Abdou, le premier élève handicapé accueilli à l'École spéciale, venu lui annoncer qu'il était devenu professeur à l'Université de Brazzaville! «C'était vraiment le sourire de Dieu avant l'au revoir au Congo!» En 30 ans, le réseau d'écoles gratuites fondé par Soeur Marguerite a permis d'instruire plus de 30 000 élèves. Chantal Debain a connu Soeur Marguerite à Brazzaville où elle a vécu, avec son mari et leurs 4 filles, de 1989 à 1991. Après son retour en France, elle lui a proposé de l'aider à faire le récit de la fondation de cette École «très spéciale» et de sa vie de missionnaire en Afrique. Ce qu'elle a fait avec les 500 lettres (1973-2004) envoyées par Soeur Marguerite à sa famille, mais également à partir de longs entretiens oraux à la maison mère des Filles de la Charité, rue du Bac.

  • Au nord-est du Bénin et au nord-ouest du Nigeria, en Afrique de l'Ouest, se trouve le Borgou, terre d'un peuple nommé «Baatonou». Cet ouvrage fait découvrir la complexité de la vie de ce peuple et l'accueil qu'il a fait à l'Évangile de Jésus-Christ dans les années 1940-2000.

    Ce peuple humilié par l'histoire, tiraillé entre la gloire et la honte, a fait un accueil inespéré à la nouveauté du Dieu de Jésus-Christ qui lui a été présenté par des missionnaires aussi différents, voire aussi éloignés idéologiquement, que des évangéliques anglophones et des catholiques francophones.

    Cet ouvrage intéresse l'histoire et la missiologie en Afrique. Il raconte la naissance du Christ au coeur de la culture baatonou dans une rencontre oecuménique bien mise en lumière par les trois contributeurs de ce livre.

    Benjamin Lee Hegeman, fils d'immigrants néerlandais en Amérique du Nord, est pasteur réformé comme son père. Marié depuis 1981, Christine - son épouse canadienne - et lui sont les parents de trois enfants. En 1990, lui et sa femme sont partis comme missionnaires protestants au Bénin, avec la mission évangélique dite la Sim (Sudan Interior Mission), société missionnaire fondée en 1893 pour l'Afrique subsaharienne. À l'Université d'Utrecht (Pays-Bas), Hegeman a obtenu un doctorandus (1994) puis un doctorat d'État (2000) en histoire de l'Église et en missiologie. Au Bénin, il enseigne chaque année en langue baatonoum et en français. Spécialiste de l'islam, il enseigne aussi depuis 2005 dans diverses universités et facultés chrétiennes en Afrique (Kenya) et aux États-Unis.

    Au Bénin, Benjamin Hegeman est entré en contact avec le père cistercien Jean-Claude Maingot et a fait la connaissance de la mission catholique parmi les Baatonou.

    De son côté, le père Michel Bonemaison, de la Société des Missions Africaines, a découvert Benjamin Hegeman à partir de la thèse de ce dernier sur les Baatonou: Between Glory and Shame, (Boekencentrum, 2001, 556 p.) C'est au coeur de la sous-préfecture de Bembéréké (au nord du Bénin) que commence la rencontre fraternelle des trois hommes d'où est sorti cet ouvrage, essentiellement constitué du septième chapitre de la thèse de Benjamin Hegeman traduit de l'anglais mais fruit de nombreuses réunions à trois en France et au Bénin.

  • Si elle repose essentiellement sur une foi en un Dieu s'intéressant aux hommes, la mission est aussi une parole qui est adressée aux humains. Au coeur des théologies chrétiennes, la notion biblique d'alliance ne désigne-t-elle cette relation forte entre un Dieu et un peuple, un Dieu et l'humanité?

    Dans le discours et la pratique missionnaires au cours des derniers siècles, les variations dans la présentation de Dieu aux peuples lointains occupent une place centrale. À ces variations, correspondent, d'une part, des mutations de la conception même du coeur religieux du message et, d'autre part, des changements importants dans la façon d'organiser les sociétés humaines. L'histoire de la dynamique missionnaire a souvent conjugué annonce évangélique et objectifs humanitaires, mais aussi établissement de la cité de Dieu et organisation de la cité terrestre.

    C'est dans cette perspective que s'est inscrit le 38e colloque du CRÉDIC qui s'est tenu chez les bénédictines de Maredret en août 2017. Par ailleurs, une association oecuménique comme le CRÉDIC ne pouvait passer sous silence le fait que l'année 2017 marque les 500 ans de la Réformation protestante qui déclenche la (contre)Réforme catholique. Ainsi s'est ouvert «le temps des confessions» catholique romaine et protestantes. Quelles variations «humanistes» se dessinent sous les changements théologiques? C'est une démarche historienne pluridisciplinaire qui est proposée ici.

  • Les rites sont réputés universels. Toutes les sociétés, des plus anciennes aux plus actuelles, en disposent selon des catégories communes, laïques ou religieuses. Cependant, la rencontre du christianisme avec les cultures locales redessine l'espace, la pratique et les usages rituels, à tel point que l'on peut se demander comment s'articule la mission anthropologique du rite contextuellement à leurs reprises théologiques en mission.
    Peu étudiés en contexte missionnaire, les rites, par le foisonnement de champs qu'ils ordonnent, libèrent en effet d'importantes perspectives de recherche dans lesquelles s'est engouffré le 39e colloque du CRÉDIC s'intéressant aux problématiques engendrées par la pratique des rites en terrains missionnaires, mêlées aux attitudes observées chez les acteurs de la mission ainsi qu'aux résistances même des rites face aux changements.
    Dans une perspective pluridisciplinaire croisant anthropologie, histoire, théologie, missiologie et science des religions, les contributions rassemblées dans ce volume explorent ainsi la vitalité du rite aux prises avec les enjeux missionnaires en étudiant, à partir de cas concrets, de terrain, les phénomènes d'interactions qui se jouent entre rites locaux et rites chrétiens. À l'aune de différentes aires géographiques et culturelles, rites funéraires, d'initiation, de fraternité, de dévotion et nouvelles ritualités virtuelles sont ainsi abordés par des spécialistes.

  • Salvador EYEZO'O est docteur d'État en histoire, Associate Professor, chef du Département d'histoire à l'École Normale Supérieure de l'Université Yaoundé I (Cameroun).
    Jean-François ZORN est professeur émérite d'histoire du christianisme à l'époque contemporaine de l'Institut Protestant de Théologie - Faculté de Montpellier, chercheur associé de l'Université de Montpellier III (France).

  • Ce livre a pour objet l'étude des conflits entre chrétiens et musulmans au cours de trois décennies décisives pour l'Égypte moderne (1922-1952). Durant cette période, les coptes renoncent à leur ambition de participer aux côtés de leurs frères musulmans à la construction d'une Égypte indépendante. Quant aux minorités chrétiennes étrangères, on les voit alors quitter peu à peu ce pays dans lequel elles ne trouvent plus leur place. Comment et pourquoi une telle évolution?

    L'abrogation du protectorat, proclamée par la Grande-Bretagne en février 1922, et l'instauration d'une monarchie constitutionnelle n'ont pas fait de l'Égypte un État pleinement indépendant. Les Britanniques restent acteurs de la vie politique, les Européens contrôlent largement l'économie, les étrangers et ex-sujets ottomans, protégés par les capitulations, jouissent d'une totale autonomie, les missionnaires catholiques et protestants gèrent en toute liberté leurs écoles et leurs hôpitaux.

    Dès lors, une préoccupation constante des gouvernements égyptiens sous la monarchie est la reconquête de la souveraineté de l'État et l'affirmation de son identité arabe et islamique. Double objectif, dont la réalisation s'opère progressivement par différents moyens: égyptianisation du personnel dans la fonction publique et les multiples secteurs de l'activité socio-économique, arabisation de l'administration et de l'enseignement, centralisation des pouvoirs, islamisation de la société. Le dépouillement de la documentation révèle que la dégradation de la situation des minorités chrétiennes - marginalisation des coptes et érosion de l'autonomie de toutes les communautés - a été la conséquence directe de mutations sociopolitiques. Journaux, archives, autobiographies mettent en évidence les secteurs où se nouent les conflits interreligieux et où s'amorcent les transformations de l'époque nassérienne.

  • Il y a 50 ans, le 8 décembre 1965, le Concile Vatican II promulguait le décret Ad gentes sur l'activité missionnaire de l'Église. Le colloque organisé pour cet anniversaire par le Centre de documentation et d'archives des OEuvres Pontificales Missionnaires (Lyon) ne s'est pas contenté de faire oeuvre de mémoire: il a dressé un bilan des évolutions de la mission après Vatican II avec des participants originaires du monde entier.

    La première partie donne une vue panoramique de ce qu'était la mission et la missiologie à l'ouverture du Concile, puis se penche sur la laborieuse élaboration de la doctrine missionnaire de Vatican II. Le texte final adopté s'attache à faire comprendre l'un par l'autre le mystère du salut universel et le mystère de l'Église.

    La deuxième partie se penche sur l'apport des OEuvres pontificales missionnaires: avant même le Concile, lors du premier congrès missionnaire mondial à Lyon en 1962; ensuite, par son Centre de Recherche Théologique Missionnaire et par sa revue «Mission de l'Église». La Congrégation romaine de Propaganda fide a subi l'épreuve du Concile: mise en cause, elle devra se réformer et deviendra la Congrégation pour l'évangélisation des peuples...

    Originaires des quatre coins de l'horizon, les intervenants de la troisième partie décrivent comment le décret conciliaire a été reçu et compris, et les changements qu'il a provoqués: en Afrique, en Asie orientale, en Inde, en Amérique latine. Non moins intéressante est l'analyse présentée par deux instituts missionnaires sur ce qui a été leur conversion et leur adaptation à la visée missionnaire du Concile, les Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs) et la Société des Missions Africaines. Un regard protestant sur le Concile est également présenté et l'on s'aperçoit que, sur la mission, les vues sont souvent parallèles. Est souligné l'impact du dialogue interreligeux dont on a peu à peu compris qu'il fait partie intégrante de l'évangélisation.

    Un livre qui jette un regard synthétique et richement documenté sur un demi-siècle de cheminement missionnaire.

  • Les commémorations de la Première Guerre mondiale ont réveillé l'intérêt pour des pans négligés de l'histoire du XXe siècle. C'est ainsi que l'Allemagne missionnaire entre 1914 et 1939 a été redécouverte, comme cet ouvrage en témoigne. L'empire colonial allemand détruit, les missionnaires allemands qui y étaient installés durent céder la place à d'autres. Globalement, les deux tiers du personnel furent «éloignés». Mais l'effondrement des missions allemandes facilita l'émergence d'Églises autochtones enracinées dans leurs terroirs et leurs cultures. Ces communautés locales gardent non seulement le souvenir mais encore les héritages matériels et spirituels des missions allemandes. En passant par de profondes réorganisations, les relations internationales entre Églises du Sud et Églises allemandes se sont maintenues.

    Quelques exemples sont étudiés ici par des universitaires du Togo, du Cameroun et du Congo. Des chercheurs européens apportent un complément pour le Rwanda-Burundi, l'Afrique de l'Est, la Papouasie Nouvelle-Guinée, la Chine ainsi que l'Australie. Un épilogue synthétique démontre la résilience des missions et des sciences missionnaires allemandes.

    Quinze auteurs de nationalités différentes ont participé à ce projet, représentant leurs universités ou leurs organisations de rattachement à Paris, Rome, Kara et Lomé (Togo), Douala (Cameroun), Jinan (Chine), Londres, Montpellier, Greifswald (Allemagne), Brisbane (Australie), Utrecht (Pays-Bas), Bordeaux.

  • L'on pourrait s'étonner qu'un titre aussi général: « l'Institution missionnaire en Asie, XIXe-XXe siècle », ait été donné à un ouvrage - fondé sur des archives inédites -, ne traitant à première vue que de l'histoire d'un établissement particulier. C'est d'abord parce que le Collège général de Penang, séminaire unique en son genre, accueillait des élèves venus de l'Asie du sud-est tout entière. Ensuite, parce que le futur clergé indigène y recevait un enseignement général et théologique de haute tenue, dispensé en latin par des professeurs français, sous le regard sourcilleux de la puissante Propaganda fide (la très romaine Congrégation pour la propagation de la foi). Une institution mondialisée en somme.

    Or, le voyage auquel le lecteur est ici convié l'entraînera bien plus loin. Il accompagnera, dans leur périple souvent périlleux vers l'Asie, de jeunes missionnaires remplis d'idéal. Il partagera leur vie quotidienne parsemée d'épisodes parfois rocambolesques ou tragiques, (notamment pendant l'occupation japonaise de la Malaisie à partir de 1941). Il sera témoin des débats les plus subtils quant à l'éducation des élèves asiatiques. Il verra à l'oeuvre la diplomatie centralisatrice du Vatican et celle des puissances coloniales. Il observera les transformations des comportements et de la sensibilité de prêtres catholiques français, depuis la période postrévolutionnaire jusqu'à Vatican II.

    Histoire des échanges interculturels et des acculturations réciproques, ce livre apporte sa contribution à l'intelligence des relations actuelles entre les chrétiens d'Europe et d'Asie.

  • Créé en 2001, à l'initiative d'enseignants-chercheurs de l'Institut Catholique de Paris, le Groupe de Recherche Interdisciplinaire sur les Écrits Missionnaires - le GRIEM - se donne pour tâche d'explorer, dans une perspective historique et comparatiste, la diversité des formes d'écriture suscitées par les missions catholiques et protestantes. Le GRIEM se penche ici sur les modalités mises en place au sein du catholicisme pour assurer le soutien spirituel du missionnaire dans son action depuis le XVIIe siècle jusqu'à aujourd'hui.

    Pour le XVIIe siècle, est souligné non le déplacement missionnaire mais le mouvement intérieur qui le sous-tend. Sont étudiées les correspondances du capucin Le Clerc du Tremblay, plus connu sous le nom de Père Joseph; de Marie Guyart de l'Incarnation, Ursuline de Tours missionnaire au Canada; de Monsieur Tronson, supérieur des prêtres de Saint-Sulpice encourageant les missionnaires sulpiciens de Montréal; des soeurs hospitalières missionnaires en Nouvelle France accompagnées par les jésuites.

    Le XIXe siècle se caractérise par le souffle des laïcs et l'importance accordée à la prière, manifestes à travers les figures de Pauline Jaricot animant l'oeuvre du Rosaire Vivant et du curé Desgenettes avec l'Archiconfrérie de Notre-Dame-des-Victoires étendant sa prière aux dimensions du monde.

    Continuité et diversité au XXe siècle où le soutien spirituel à la mission universelle se traduit: - par des correspondances (celle du franciscain Poissonnier, disciple de Charles de Foucauld au Maroc, ou celle du P. Wauhier, mort martyr au Laos); - par des réseaux, comme l'archiconfrérie du Très Saint Enfant soutenant la catholicité palestinienne et les missionnaires français au Moyen-Orient; par des cercles, comme le Cercle Saint Jean Baptiste, foyer de spiritualité et de culture missionnaire dans la période qui précède le Concile Vatican II; - et même par une Lettre apostolique, celle de Jean-Paul II sur le Rosaire, tournée vers la mission, notamment dans le cadre de la nouvelle évangélisation.

  • La question climatique dans un monde globalisé est devenue une question centrale. Le dossier est issu d'un colloque consacré aux acteurs religieux, en l'occurrence chrétiens, face aux changements climatiques. Pour le christianisme, la question du climat n'est pas une nouveauté mais la manière de l'aborder ne cesse pas de se transformer.

    Comme dans toutes les religions abrahamiques, dès la Création, le climat est étroitement lié au plan divin. Entre nostalgie du Paradis, moment d'équilibre et d'harmonie interrompu par la faute originelle, et crainte du Déluge, expression de la colère divine, le croyant a cherché à se tracer une voie qui le protège et à donner un sens aux dérèglements de la nature.
    Mais au fil des mutations socio-culturelles, la référence au religieux évolue et le discours s'adapte comme en témoigne l'encyclique Laudato si' du pape François (2015). L'explication par une sanction divine fait place à la volonté de cerner scientifiquement les causes et de contribuer à une éthique universelle dans une perspective écologique. Et la religion trouve dans cet engagement de nouvelles énergies.

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