Christian Bourgois

  • Pour la première fois, à travers des témoignages de sang et de larmes recueillis auprès de simples soldats, d'officiers, de mères et de veuves de combattants soviétiques morts en Afghanistan, une jeune journaliste d'URSS prenait le risque de briser la loi du silence et de dénoncer la trahison, le mensonge d'une propagande dont a été victime toute une génération aujourd'hui rejetée par la société. La première génération perdue d'URSS, mutilée dans sa chair et dans son âme.
    Ce livre présente un intérêt exceptionnel à plusieurs titres : c'est tout d'abord un témoignage unique sur la conduite des soldats soviétiques à la guerre et sur les rapports humains au sein de l'armée. C'est aussi la façon dont la population civile, le pays profond a vécu la guerre, et à cet égard, Les Cercueils de zinc est un document passionnant sur la révision morale et intellectuelle qui, au-delà du seul problème de l'Afghanistan, a déchiré le pays. C'est enfin une photographie étonnante de la mentalité russe, qui nous est offerte par une voix courageuse issue de la Perestroïka.
    L'auteur, après un bref « récit de plus en guise d'épilogue », revient également sur le procès que lui valut la parution du livre en Biélorussie. Svetlana Alexievitch fut en effet violemment accusée d'avoir déformé et falsifié les récits des soldats et de leurs mères. Après quelques extraits de presse de l'époque, le procès est présenté sous forme de « chronique » des auditions, avec les témoignages de l'accusation et des défenseurs de Svetlana Alexievitch, et enfin le jugement rendu.
    Les accusations, particulièrement celles portées par les mères de soldats et par les témoins mêmes du livre, frappent par leur violence et jettent une lumière nouvelle sur le terrible chagrin de ses femmes pour qui plus s'éloigne dans le temps la guerre d'Afghanistan, plus la mort de leurs enfants engagés dans cette désastreuse entreprise semble absurde.
    Ces nouveaux textes révèlent à quel point ce livre a paru être une offense à tous ceux pour qui la vérité sans fard sur la guerre d'Afghanistan est un fardeau trop lourd à porter.

  • Au terme d'un repas, un banquier démontre à son convive que ses convictions et ses actions en matière d'anarchisme n'ont rien à envier à celles des poseurs de bombe. Il déploie ainsi les trésors d'une rhétorique insidieuse au service de sa personne et s'installe dans de provocants paradoxes. Si ce banquier anarchiste nous enchante par son esprit retors, ses raisonnements par l'absurde et une mauvaise foi réjouissante, la véritable dimension du livre, cependant, n'est pas là : il s'agit en fait d'un pamphlet incendiaire contre la société bourgeoise, ses hypocrisies et ses mensonges. C'est aussi une dénonciation du pouvoir de l'argent, qui mine de l'intérieur le bien le plus précieux de l'homme : la liberté.
    Le Banquier anarchiste est l'unique oeuvre de fiction publiée du vivant de Pessoa et signée de son vrai nom. Un texte explosif, un véritable brûlot.

  • Fernando Pessoa a beaucoup écrit sur lui-même. Un singulier regard peut être vu comme un prélude à son oeuvre et le complément de son chef-d'oeuvre et livre total, Le Livre de l'intranquillité. Les textes qui composent le présent volume révèlent en effet des aspects méconnus de l'auteur à travers des textes et correspondances. Ils constituent un journal de sa vie intérieure, tout entière tournée vers l'auto-analyse.
    On trouvera dans cet autoportrait passionnant, souvent impitoyable, la lente progression d'une personnalité en pleine gestation, depuis une adolescence chaotique jusqu'à une maturité magistrale. Les écrits très intimes rassemblés ici montrent l'angoisse, la solitude et la lucidité de l'écrivain et la genèse de sa personnalité.

  • Au début du XXe siècle, Robert Grainier travaille à la construction des chemins de fer qui, très vite, parcourront l'Amérique. Un combat de l'homme contre la nature dans des paysages à l'immensité sauvage. Mais ce n'est pas le seul combat que mène Grainier : ébranlé par un drame personnel, il tente de donner un sens à un monde qui en a perdu, alors que son pays connaît des années décisives qui transforment profondément son identité.

  • À l'occasion d'une conférence sur l'ironie, qu'il doit donner à Barcelone, un écrivain revient sur ses années de bohème et d'apprentissage littéraire à Paris. Sous la figure tutélaire d'Ernest Hemingway, il dit son amour pour cette ville à travers les souvenirs de ses premiers pas dans l'écriture, tandis qu'il habitait dans une chambre louée par Marguerite Duras. Maniant en maître l'ironie et la digression, Vila-Matas offre une promenade décalée, à la fois tendre et grinçante, dans la mythique capitale.

  • Entre chats Nouv.

    « Ma fréquentation des chats m'a sauvé d'une ignorance crasse et incurable. ».
    Dans cet opuscule, William S. Burroughs médite sur l'amitié mystérieuse entre les chats et leurs hôtes humains. Un petit traité amoureux sur les félins domestiques de sa vie qui n'aurait pas déplu à Colette ou Stéphane Mallarmé.
    « On dit que les chats sont les animaux les plus éloignés du modèle humain. Cela dépend du genre d'humain auquel vous vous référez, et bien entendu de quels chats. Je trouve parfois les chats incroyablement humains. ».

  • En octobre 1974 Georges Perec s'est installé pendant trois jours consécutifs place Saint-Sulpice à Paris. A différents moments de la journée, il a noté ce qu'il voyait : les événements ordinaires de la rue, les gens, véhicules, animaux, nuages et le passage du temps. Des listes. Les faits insignifiants de la vie quotidienne. Rien, ou presque rien. Mais un regard, une perception humaine, unique, vibrante, impressionniste, variable, comme celle de Monet devant la cathédrale de Rouen. Les mille petits détails inaperçus qui font la vie d'une grande cité - d'un quartier dans une grande cité. Les innombrables variations imperceptibles du temps, de la lumière, du décor, du vivant. Autobus, chiens, passants, touristes. " Ce qui se passe quand il ne se passe rien, sinon du temps, des gens, des voitures et des nuages. " Ce texte magistral dans l'oeuvre de Perec figure à présent au rang des classiques.

  • Le bal des folles

    Copi

    C'est l'histoire d'un écrivain argentin qui aime à écrire dans des chambres d'hôtel sordides à Paris. D'un beau Romain qui souhaite devenir une belle Parisienne, d'un sosie de Marilyn Monroe tyran - nique et envahissant, d'un éditeur qui aimerait que son auteur cesse de le prendre pour un micheton. D'une boulangère qui pratique la voyance, d'un hippie neurasthénique qui élève ses triplés à Ibiza de façon peu orthodoxe, d'une véritable amie - qui à défaut d'avoir l'heure a toujours une bonne bouteille et une astuce pour échapper à la police.
    D'un Paris interlope à une Rome fervente, en passant par le New York branché et l'Ibiza baba-cool, Copi nous immerge dans les années 1970 et leurs folles libertés. Amours pures, sexe débridé, crimes odieux : en fantasmant sa vie, Copi nous donne à lire un roman aussi drôle qu'épouvantable.

  • Les défenses Nouv.

    Sujet à une psychose brutale et non identifiée, le neurologue Camilo Escobedo est interné dans un hôpital psychiatrique. Du jour au lendemain, il se retrouve le patient de ses propres collègues et internes. Jusqu'à ce qu'il comprenne qu'il souffre d'une maladie auto-immune récemment découverte. Celle-là même qu'il a longtemps étudiée et qui l'a toujours fasciné : la maladie dont est atteinte la jeune fille dans L'Exorciste.
    Cette histoire, c'est celle, véridique, du docteur Escudero. En relatant la vie de ce neurologue, Gabi Martínez donne à lire le système de santé et la réalité sociale de Barcelone. C'est le combat singulier, dans un monde globalement corrompu, d'un personnage inoubliable.

  • Tanja Lucic est devenue professeure de littérature à l'Université d'Amsterdam après avoir fui la guerre en ex-Yougoslavie. Là-bas, elle donne des cours a une classe composée de jeunes exiles yougoslaves dont la plupart gagnent leur vie en confectionnant des vêtements pour le « Ministère de la douleur », une boutique sadomasochiste. Tous vivent dans la « Yougonostalgie », un attachement sentimental à ce qu'était leur pays avant son éclatement. Pour soigner leur mélancolie, Tanja leur propose d'écrire le récit de leur vie et la façon dont ils ont vécu la désintégration physique et culturelle de cet État. Mais cette méthode pédagogique inhabituelle n'est pas sans conséquences : bientôt, elle s'attire les foudres des uns, et ravive les tensions entre les autres...
    Dans ce roman ou l'ironie et l'humour noir sont rois, Dubravka Ugrešic explore la douleur de la perte, l'isolement et la solitude auxquels ne saurait échapper aucun exile. Que nous reste-t-il quand on a tout perdu - son pays, son foyer, et même sa langue ?

  • En 1961 est mort Roland, l'éléphant de mer du zoo de Berlin. Au moment d'ouvrir son estomac, on découvrit à l'intérieur de l'animal une pléiade d'objets insolites : un fume-cigarette rose, quatre bâtonnets d'esquimaux, une broche, une épingle à cheveux...
    Le Musée des redditions sans condition est à l'image de ce trésor. Constitué d'une mosaïque de récits, d'anecdotes, de souvenirs, il raconte une histoire simple, faite de déplacements et de nostalgie : une mère, dans Zagreb assiégée, pense à sa fille exilée à Berlin. Celle-ci imagine à son tour la fuite de sa mère un demi-siècle plus tôt, de la Bulgarie vers la Yougoslavie. Comment rendre compte de l'exil et de ce qu'il représente pour ceux qui l'ont vécu, ceux dont la vie tient dans une valise pleine de souvenirs disparates, vieilles photos, journaux intimes, objets rescapés de l'enfance ?
    Tour à tour drôle, malicieux ou mélancolique, Le Musée des redditions sans condition retrace de façon lumineuse la vie de personnages partagés entre deux cultures.

  • Ce court roman se présente sous une forme épistolaire ce qui lui vaut toute son originalité. L'histoire se construit à travers les différentes correspondances échangées entre plusieurs protagonistes, rehaussant ainsi les opinions et personnalités de chacun. Lady Susan, ravissante veuve d'environ trente-cinq ans, est au centre de ces correspondances. Par ses interventions mais surtout par les réactions que ses comportements provoquent autour d'elle. Ses agissements volages engendrent bien des critiques. Cette veuve spirituelle et jolie mais sans le sou trouve en effet refuge chez son beau-frère, un riche banquier. Est-elle dénuée de scrupules, prête à tout pour faire un beau mariage, ou simplement une coquette qui veut s'amuser ? Le jeune Reginald risque de payer cher la réponse à cette question... Grande dame du roman anglais, Jane Austen trace le portrait très spirituel d'une aventurière, dans la lignée des personnages d'Orgueil et préjugé et de Raison et sentiments.

    Jane Austen est née en 1775 à Steventon, fille d'un pasteur anglican et benjamine d'une famille de huit enfants. Elle a vécu une vie toute unie et toute familiale jusqu'à 41 ans, âge de sa mort « au moment où elle commençait à croire qu'elle réussirait ». Jane Austen commence à écrire très tôt, encouragée par l'exemple familial. Elle s'oriente vers le récit, s'inspirant des romans sentimentaux qui constituent le fonds des bibliothèques. Les oeuvres de jeunesse qui ont été conservées, copiées à la main en trois cahiers intitulés Volume I,II et III, ont été écrites sans doute entre la douzième et la dix-septième année de l'auteur. En 1795, Jane Austen commence un roman intitulé Elinor et Marianne, première version de ce qui allait être Raison et Sentiments. Dans la foulée, elle écrit First Impressions, qui deviendra Orgueil et préjugés. Enfin en 1798, elle écrit Northanger Abbey, sous le premier titre de Susan. Ces trois romans majeurs sont écrits entre vingt et vingt-cinq ans. Son père tente de faire publier First Impressions, sans succès dans un premier temps. En 1800, elle s'installe avec toute sa famille à Bath, ville qu'elle apprécie peu mais qui a inspiré de nombreux passages de ses romans.
    Son père meurt en 1805, laissant Jane, sa mère et sa soeur Cassandra dépendantes des revenus fraternels. Elles quittent Bath en 1808 pour s'installer dans le village de Chawton. C'est là qu'elle passa les dernières années de sa vie, écrivit l'essentiel des oeuvres, qui lui firent connaître le succès de son vivant : Orgueil et préjugés, Mansfield Park et Emma.

  • Un privé à Babylone est publié en 1981 aux États-Unis. Il met en scène Crade, narrateur rêveur qui s'embarque régulièrement, en pensées, pour Babylone : là, il devient le détective le plus célèbre de la ville. Mais dans le San Francisco de 1942, où il vit réellement, Crade est un privé inoccupé que sa mère considère responsable de la mort de son père, que sa secrétaire a abandonné et qui se retrouve mêlé à une sombre histoire de vol de cadavre.
    Comme dans ses précédents romans, Richard Brautigan dépasse la barrière des genres, il détourne les symboles. La concision de ses descriptions véhicule à la perfection ses perceptions d'un comique extraordinaire et ses dialogues sont d'une exactitude surnaturelle.

    « Un privé à Babylone, roman iconoclaste, parodie décapante et rigolarde du roman noir américain. Brautigan y dynamite les codes d'écriture, le suspense, les clichés et détourne une enquête en rêverie complètement loufoque. » Ouest-France

  • La Pêche à la truite en Amérique et Sucre de pastèque sont deux textes poétiques merveilleux et désenchantés sur le thème de l'errance, symbole de l'instabilité, de l'innocence blessée.
    La Pêche à la truite en Amérique est le chef-d'oeuvre de Richard Brautigan. C'est avec ce titre qu'il a connu le succès. Dans ce texte, il raconte l'histoire d'un couple qui part à la recherche de l'Amérique, celle de Brautigan, faite de vastes paysages naturels plutôt que d'asphalte, de terrains vagues, de grands immeubles et de décharges.
    Sucre de pastèque dresse le portrait allégorique d'une bourgade californienne rebaptisée « Pensemort », où le sucre issu du fruit sert à tout, même à construire des maisons.
    Ces deux romans de Richard Brautigan, rêveries poétiques à l'humour léger et singulier, sont peuplés de truites amicales et de jeunes filles en robes à fleurs, de tigres doués en mathématiques et de légumes arborant des statues à leur effigie sur la place publique. Ces textes, qui ont en commun l'omniprésence de l'absurde et du non-sens, s'inscrivent dans l'art de la digression autant que dans la tradition du retour à la nature chère à la génération Woodstock.
    Né en 1935, Richard Brautigan, poète, novelliste et romancier, est l'un des pionniers de la Beat Generation. Installé à San Francisco dès 1956, il est l'auteur de onze romans, dix recueils de poésie, deux scénarii qui séduiront la génération Woodstock et feront de lui une icône de la contre-culture et du mouvement hippie. Il passe la fin de sa vie retiré dans un ranch du Montana avant de mourir en Californie. Richard Brautigan a acquis le statut d'artiste culte et continue d'inspirer nombre de cinéastes et d'écrivains.
    « On anticipe déjà la sinuosité du parcours, les arrêts sur le bas-côté, les erreurs d'itinéraire et toutes les complications qui surgiront à coup sûr au cours d'un voyage avec Richard Brautigan. [...] Les livres de Scott Fitzgerald sont dans ma bibliothèque, ceux de Richard Brautigan sur ma table de nuit. » Philippe Djian, Lire

  • Woyzeck inaugure la création dramatique moderne. Ecrit entre fin 1836 et janvier 1837, laissé à l'état de grande ébauche par la mort de Büchner emporté par le typhus à 23 ans, ce drame a pour le théâtre moderne la même importance, la même fulgurance qu'auront les Illuminations de Rimbaud pour la poésie qui viendra après lui.
    Büchner a puisé son sujet réaliste dans les archives judiciaires de son temps : un soldat sans grade, très pauvre et à peine éduqué, plus maltraité encore parce qu'il doit se vendre comme cobaye à un professeur de biologie, poignarde et tue Marie, sa compagne, avec qui il a un enfant, sur un soupçon de tromperie qu'attisent bêtise et médisances. Sur ce simple fil, Büchner a su rattacher en une quinzaine de courtes scènes toute la misère des relations humaines : entre hommes et femmes, entre supérieurs et inférieurs, entre bons et brutes, entre égarés par la douleur et l'avilissement de chaque jour, et sains d'esprit empêtrés dans toutes sortes d'interdits. Ces scènes de Woyzeck sont aussi une préfiguration de ce qui sera au cinéma le planséquence. Büchner a donné là comme une matrice de tout ce qui sera porté à la scène par la suite sans action ni intrigue définies à l'avance. Il a inventé la modernité au théâtre.
    Depuis la première édition critique allemande des Oeuvres de Büchner en 1879, il y a eu de nombreuses traductions de Woyzeck. La grande question des éditeurs et des traducteurs a toujours été devant cet ensemble de manuscrits qui n'ont pas été entièrement mis au propre par l'auteur : faut-il, ou non, publier le tout, sans tenir compte des redites d'un premier manuscrit à un autre ; faut-il au contraire faire une édition dite « combinée », qui n'écarte que quelques scènes déjà visiblement abandonnées par Büchner dans la dernière partie de son travail de mise au net ? L'édition établie par Lothar Bornscheuer et publiée par les éditions Christian Bourgois a un avantage indéniable : elle met clairement en évidence ce que Büchner avait déjà écarté au moment de recopier son texte au propre. Partant de la version « combinée », elle suit un ordre logique fondé sur la réalité des manuscrits recopiés, ce qui facilite le travail d'un metteur en scène.

  • « Tout a débuté par un essai, consacré à quelques uns des problèmes esthétiques, et moraux, que pose l'omniprésence des images photographiques : mais plus je réfléchissais à la nature des photographies, plus elles devenaient complexes et suggestives. Si bien qu'un essai en engendra un autre, qui à son tour (à mon grand étonnement), en engendra un troisième, et ainsi de suite, chacun ajoutant un maillon à une chaîne d'essais sur le sens et la vie des photographies, jusqu'à ce que je fusse allée assez loin pour que le développement esquissé dans le premier essai, étayé puis prolongé dans les suivants, pût être récapitulé et généralisé de façon plus théorique. Et trouver son terme. [.] Ecrire sur la photographie, c'est écrire sur le monde. Et ces essais sont en fait une méditation prolongée sur la nature de notre modernité. » (Susan Sontag) Paru pour la première fois en 1977, Sur la photographie est devenu un livre culte sur le sujet.

  • Le narrateur est obsédé par le souvenir de sa femme Edith, suicidée dans une cage d'ascenseur, et tyrannisé par l'amant de cette dernière, le mystérieux et méphistophélique F. Le narrateur tente de conjurer ses obsessions par l'invocation, de plus en plus scabreuse au fil des pages, de la première sainte indienne du Canada, l'Iroquoise Catherine Tekakwitha, convertie par les Jésuites au XVII e siècle, si bien que le livre se déploie dans plusieurs directions - récit bourgeois d'un ménage à trois, biographie romancée d'une sainte historique, considérations hallucinées sur la drogue, Dieu, la culture pop, la guerre d'Espagne, les orgies et les Juifs, bref, l'univers de Cohen -, le cadre romanesque explosant à mesure, en poèmes, sketches, dialogues, prières.
    />

  • Le narrateur décide de s'installer à Big Sur avec son ami Lee Mellon, qui se croit le descendant d'un général de la guerre de Sécession. Au bord du Pacifique, ils investissent une cabane, construite par trois hommes ivres, où l'on ne peut se déplacer sans se cogner au plafond et dont les nuits sont peuplées par le coassement incessant des grenouilles. Au fil de multiples anecdotes plus fantaisistes les unes que les autres, le lecteur suit la trajectoire de ces deux hommes : leur rencontre avec Elisabeth et Elaine - qui aura l'idée d'acheter des alligators pour les débarrasser des grenouilles -, avec qui ils vivront respectivement l'amour fou ; l'apparition de Johnston Wade, un milliardaire déséquilibré qu'ils surnomment Roy Earle (« le personnage de Humphrey Bogart dans High Sierra »), que sa famille menace d'interner. Les aventures de ces héros n'en finissent jamais, puisque quand bien même Richard Brautigan tente d'écrire une fin, une deuxième vient s'y ajouter, puis une troisième.
    Né en 1935, Richard Brautigan, poète, novelliste et romancier, est l'un des pionniers de la Beat Generation. Installé à San Francisco dès 1956, il est l'auteur de onze romans, dix recueils de poésie, deux scénarii qui séduiront la génération Woodstock et feront de lui une icône de la contre-culture et du mouvement hippie. Il passe la fin de sa vie retiré dans un ranch du Montana avant de mourir en Californie.
    Richard Brautigan a acquis le statut d'artiste culte et continue d'inspirer nombre de cinéastes et d'écrivains.
    « Il ne s'agit pas ici de loufoquerie, de parodie, de fantaisie gratuite. Brautigan rejoint la grande tradition radicale des écrivains américains auxquels il adresse des clins d'oeil discrets dans son texte : Whitman, Mark Twain, Sherwood Anderson, Hemingway. » Le Monde

  • « La très amoureuse et très innocente déambulation canadienne d'un jeune homme ébloui, ravi par quelques corps féminins. La splendeur de ces corps, leur singularité aussi, mêlée à la beauté des parcs, des étangs, de la ville, est décrite avec tendresse. Leur possession ne s'accompagne d'aucune passion triste ou violente. Mais à travers quelques images lumineuses et simples, brèves et rythmées comme une chanson, une pointe de tristesse apparaît. Que s'est-il donc passé ? L'intuition d'une impuissance à rester dans le vert paradis ? » Le Matricule des Anges Ce premier roman de Leonard Cohen, paru en 1963, peut apparaître comme la matrice de son oeuvre musicale et poétique ultérieure.

  • Mémoires sauvés du vent, paru en 1983, est un recueil de nouvelles rassemblant histoires, anecdotes, fragments douloureux et saugrenus de la jeunesse de Richard Brautigan. Il met en scène des personnages entre l'enfance et l'âge adulte, entre le rêve et la réalité, dépeints dans une langue fluide, sobre, limpide : la description d'un lac et d'un couple de pêcheurs obèses qui ont installé là un canapé, des lampadaires et un guéridon où se trouvent des numéros du National Geographic, ou encore l'image harcelante de l'accident survenu durant son enfance, cette balle de carabine avec laquelle il tua accidentellement son camarade de chasse. À travers ce recueil, Richard Brautigan parcourt en sens inverse la spirale de sa vie, il la rêve, la sculpte, la remodèle à sa guise grâce à la magie des mots.

  • Retombées de sombrero est publié en 1980 aux États-Unis. Une partie de ce roman se déroule dans la corbeille à papier d'un « humoriste américain » après qu'il y a jeté le début d'une histoire ratée. Cette histoire se poursuit indépendamment de sa volonté, à San Francisco, secouée par des émeutes à cause de la chute d'un sombrero, inexplicablement venu du ciel. L'autre partie se concentre sur l'humoriste, en proie au désespoir depuis que Yukiko, son amie japonaise, l'a quitté. Ces deux parties sont réunies en un entrelacs de séquences brèves, l'action est morcelée en plusieurs points qui s'imbriquent tandis que le dénouement approche.

    « Richard Brautigan : un désespoir qui hausse les épaules, des haïkus en plus rigolo, un texte qui n'a l'air de rien mais qui n'en pense pas moins, des phrases qui se succèdent goutte à goutte à la manière des notes d'Erik Satie. » Lire

  • Love

    Angela Carter

    Peut-être la plus originale et la plus novatrice des romancières anglaises contemporaines, Angela Carter bénéficie aujourd'hui d'une importante reconnaissance. Dans les trois jours qui suivirent sa disparition, ses ouvrages furent épuisés et elle devint, sur les campus anglais, l'auteur contemporain le plus lu et étudié, devenant plus populaire que Virginia Woolf. La veine inventive d'Angela Carter, sa fascination pour les travers de l'être humain, sa possible perversité et son analyse de la figure féminine se retrouvent dans Love.
    Publié pour la première fois en 1997 et inspiré du roman sentimental Adolphe de Benjamin Constant, Love raconte une oppressante histoire d'amour à trois entre Annabel, étudiante aux Beaux-arts issue de la bourgeoisie, Lee Collins, d'origine plus modeste et orphelin d'une mère folle et Buzz, son demi-frère déséquilibré, vivant ensemble dans la province anglaise au milieu du désordre et de la saleté d'un petit appartement. Dans cette relation, les émotions les plus subtiles côtoient les pulsions sexuelles les plus primaires et les névroses sentimentales les plus cruelles.
    Illuminé par la présence d'une héroïne aussi fragile que radieuse, ce livre vibrant représente la quintessence du talent d'Angela Carter, qui s'affirme d'emblée par une écriture énergique à la fois rude et cultivée. Mêlant violence et délicatesse, l'auteur britannique chamboule le familier pour créer un monde nouveau et étrange.

  • Le Monstre des Hawkline, western gothique, met en scène deux tueurs professionnels, Greer et Cameron, engagés par deux soeurs jumelles pour exterminer le monstre responsable de la disparition de leur père, un étrange savant chimiste. Le lecteur assiste alors à la farce délicieuse de la chasse au monstre, imprégnée d'une poétique évidente : le monstre n'en est finalement pas un, il s'agit seulement d'une lueur affublée d'une ombre maladroite et malheureuse, transformant la quête des deux tueurs en une chasse à la lumière.
    En reproduisant ici les formes du récit romanesque, le roman noir, le western, la science-fiction, Richard Brautigan fait plus que démonter leurs mécanismes, il met à mal leur contenu, créant une réalité qui lui est propre.
    La parodie, moteur certain de cette fiction, est chez Richard Brautigan le dévoilement jusqu'à l'absurde d'un certain mode de vie. Il remet ici en question une mythologie, tout l'imaginaire de l'Amérique tel que le façonnent et le stéréotypent les grands médias, avec un humour singulièrement décapent.

  • « La littérature - c'est la bête. Le dépeceur - c'est la nuit et l'hiver. » Ce Bruit du temps qui s'achève
    sur cette sombre et sarcastique image est bien plus, bien moins qu'une autobiographie. Le je qui parle
    ici est un je passif par où s'exprime l'époque. Le livre parut en 1925. Petits chapitres tendus, précis,
    cruels : il monte de ce livre laconique une musique insistante, le bruit d'une époque qui meurt.
    Mandelstam observe avec une acuité sans indulgence ce passé qu'il ne veut pas rapprocher, mais
    éloigner. Car la mémoire de Mandelstam n'est pas amie, mais ennemie du temps. Sa chronologie
    d'odeurs, de modes, de bribes de concert est plus sûre que celle des manuels. Les quatorze esquisses
    qui composent cet ensemble « impressionniste » de souvenirs arrachés à la nuit de l'oubli sont parmi les
    plus belles pages en prose du grand poète russe. Fragments d'un monde englouti dans le tourbillon
    révolutionnaire, elles restituent, mieux que ne le feraient les compilations des érudits ou les analyses
    des historiens, le ton subtil d'une fin de règne qui prend, avec le recul des événements et les
    enseignements de l'expérience, des allures de Belle Epoque. On saisit mieux, à l'écoute de ce « bruit »
    d'un temps révolu la secrète et inimitable substance dont était faite la Russie du début du siècle dernier
    apparemment engourdie et mystérieusement palpitante.

empty