• Un soir au club

    Christian Gailly

    Sait-il, vraiment, Simon Nardis, qu'il rate son train pour ne pas laisser passer sa chance ? Une chance double, celle de retrouver la musique qu'il avait perdue et la femme qu'il n'espérait plus. Seulement voilà, qui dit train dit horaire, qui dit horaire dit morale, qui dit morale dit vie conjugale. Simon Nardis était déjà marié.

  • Be-bop

    Christian Gailly

    Début août, dans un site montagneux, près d'un lac, deux hommes, un jeune et un vieux, s'ignorent.
    L'un cherche du travail. l'autre a trouvé une maison pour les vacances, il emménage. ils ne peuvent donc pas se rencontrer. sauf si le jeune trouve du travail, c'est la première condition. la seconde, ce serait que le vieux ait besoin des services du jeune. en vacances, normalement, non. c'est pourtant ce qui va se passer. comme si c'était écrit. ça l'est, mais ce n'est pas aussi simple. il y a des femmes dans cette histoire.

  • Imaginez. Il ne vous reste que deux jours à vivre. Qu'est-ce qui est préférable ? Finir tranquille dans l'ennui qu'aura été toute votre vie ? Ou bien, si vous êtes musicien, comprendre enfin pourquoi votre musique vient d'être huée et, dès le lendemain, rencontrer celle qui devrait être votre dernier amour ?

    « Ultime partition amoureuse d'un compositeur proche de la mort, récit tragique et léger : le douzième roman de Gailly est tout simplement parfait. Dernier amour est la suite exacte d'Un soir au club, ou plutôt l'histoire de ses effets sur un romancier plus souverainement musical que jamais. Tout cela tient bien sûr à peu de choses, et touche donc à l'essentiel : la vie, la mort, le piano.
    Paul Cédrat est compositeur de musique dite contemporaine. Le quatuor Alexander doit interpréter, un soir dété à Zurich, son Quatuor à cordes, opus 12, entre une pièce de Haydn et l'Opus 131 de Beethoven. Paul est dans la salle, c'est la minute de son uvre, et c'est aussitôt le flop : l'assistance marque son mécontentement, il faut précipiter l'entracte, il ne reste plus qu'à passer à Beethoven. Et à mourir. Car Paul est trop maigre et très malade, aussi s'en va-t-il agoniser au bord de la mer.
    Avec la facilité d'un pianiste qui n'a presque plus besoin de jouer, ou alors seulement quelques notes, Gailly se permet une sorte d'improvisation au bord du gouffre : des silences, beaucoup de vide, quelques motifs et deux ou trois couleurs. À peine un roman, en vérité : quelque chose comme l'ébauche d'une chanson, l'équivalent littéraire tout juste murmuré de It Was a Very Good Year, le chef d'uvre de Sinatra sur lequel tombe Paul à la radio. Mais du Sinatra joué par un Bill Evans très fatigué : tragique et léger, merveilleusement syncopé, attrapant sa vie comme une mélodie impossible à sauver, et se sauvant bien sûr par elle. » (Fabrice Gabriel, Les Inrockuptibles) Dernier amour est paru en 2004.

  • K. 622

    Christian Gailly

    Une nuit alors qu'il est au lit dans le noir et somnole la radio allumée, la musique de Mozart s'insinue dans la chambre et le réveille. L'émotion est si forte qu'il a peur de la perdre, de ne jamais pouvoir la revivre. Il se procure différents enregistrements de l'oeuvre, les écoute, mais chaque fois quelque chose manque, il ne retrouve pas le plaisir de cette nuit-là. Puis un jour il apprend que le concerto va être donné à Paris. Il décide de s'y rendre.


    Retrouver une émotion, tel est le projet que poursuit Christian Gailly, ou son narrateur, dans K.622. Il le poursuit en vain mais s'il ne parvient pas à éprouver pleinement une joie ou un plaisir perdus, à jamais enfuis, il s'en approche et il fait partager au lecteur, non pas les affres, mais les moments heureux et imprévus de cette recherche . Ce n'est pas cela, c'est presque cela ! On en est très près ou, le plus souvent, très loin. Comment en irait-il autrement puisqu'il s'agit d'une émotion musicale, infiniment subjective, semble-t-il, que le narrateur a ressentie, un soir d'hiver, en entendant à la radio le Concerto pour clarinette en la majeur de Mozart. Son chiffre apparaît en bleu sur la couverture du livre : K.622.
    Il l'entendait pour la première fois, et c'est devenu pour lui un évènement fondateur, comme une révélation de la beauté, un instant unique et privilégié. Comment le ressaisir ou le retrouver ? Même s'il est persuadé de la vanité de son effort, le héros de Christian Gailly s'y emploie cependant avec une sorte d'acharnement moqueur. Car c'est le ton du récit : l'émotion déjouée ou tournée en ridicule par celui qu'elle gagne et qui s'en défend : suis-je bête !
    Il n'a pas noté le nom des interprètes et s'égare chez divers disquaires, acquiert finalement trois versions du fameux concerto, l'une d'elles au fond d'une boutique obscure où la vendeuse écoute le disque avec lui " dans la pénombre parcourue de volupté sonore "... Une émotion qui s'ajoute à la première sans la remplacer. Mais cette femme presque invisible, qui partage son écoute, est un personnage qu'on n'oublie plus.
    D'autres apparaissent dans les marges du récit, telles Janine et Lucienne, vendeuses dans un grand magasin. Le narrateur apprend que le concerto de Mozart va être joué à Paris. Pour assister à ce concert, il a besoin d'un costume, de chaussures, d'une chemise assortie. " Je n'ai rien à me mettre ", se dit-il : dès lors le voici changé en personnage de roman dont nous suivons les mésaventures burlesques.
    Si le lecteur croit s'éloigner du sujet principal, il se trompe, ces digressions y participent à leur façon, elles font parties du récit, elles s'intègrent comme des obsessions mineures à une obsession majeure. Elles insèrent l'émotion dans l'espace réel et accidenté où elle se meut, où elle se fraie un chemin souvent détourné et oublieux. L'écriture de Christian Gailly mime à merveille cette dérive secrètement orientée.

    Georges Anex, Journal de Genève Christian Gailly est né en 1943.

  • Les fleurs

    Christian Gailly

    Une femme et un homme. C'est tout simple. La femme doit remplacer la cartouche de son stylo. L'homme, lui, doit se rendre chez un vieil ami. Donc tout les sépare. Ils ont pourtant quelque chose en commun. Le métro.

  • L'incident

    Christian Gailly

    Elle n'avait pas prévu qu'on lui volerait son sac à la sortie du magasin.
    Encore moins que le voleur jetterait le contenu dans un parking. Quant à Georges, s'il avait pu se douter, il ne se serait pas baissé pour le ramasser. Tout pilote connaît la consigne : après chaque vol, il faut remplir le livre de bord. Remplir le livre de bord, telle est donc, en bonne logique, la dernière phrase d'un roman qu'on découvre étonnamment semblable à un numéro de voltige aérienne, avec préparation au sol, envol, figures et atterrissage en finesse.
    Un art de l'arabesque que Christian Gailly cultive avec une virtuosité croissante. Cela commence par un sac à main arraché près de la place Vendôme, un jour de canicule. Un... vol inaugural, en quelque sorte. On apprend ultérieurement l'identité de la victime : Marguerite Muir, quarante ans. Un peu plus tard encore, on découvre celle-ci dentiste. On sait aussi qu'elle possède un brevet de pilote, depuis que Georges Palet, cinquante-huit ans, a retrouvé ses papiers, jetés sur le parking de l'hypermarché Continent, à L'Hayles-Roses, Val de Marne.
    Autre information : celui qui raconte est un familier de Marguerite et pratique lui-même le pilotage. Mais sur ce chapitre, on n'en saura jamais davantage. On nous révèle incidemment que Georges Palet se trouve assigné à résidence et privé de droits civiques. Des histoires avec des femmes. Peut-être même un meurtre. Autre détail, qui ne sera dévoilé qu'à l'approche de la fin, la vedette masculine du roman de Christian Gailly se passionne pour les avions de combat et ne rate aucun film de guerre...
    Jean-Claude Lebrun

  • Un homme roule sur une route de campagne.
    Il rentre chez lui. il est presque rendu. c'eût été trop simple : une voiture arrive en face, c'est celle de son ami lucien mais, quand il la croise, lucien n'est pas à l'intérieur, c'est une femme qui conduit, une inconnue au visage flou, dominé par le rouge. qui est-elle ? et lucien, oú est-il ? et ce rouge, qu'est-ce que c'est ? du rouge à lèvres ? de la confiture ? du sang ? on dirait des peintures de guerre.

  • Réparer une roue. Penser à un cadeau d'anniversaire. Confectionner un gâteau, etc. Bref, toujours aimer une femme. Ne pas rompre immédiatement. Tenter de la retrouver avant qu'il ne soit trop tard.

  • Braine vient de passer trois mois dans un hôpital militaire.
    Il a été gravement commotionné. Il peut de nouveau dire, lire et écrire son nom. Il va rentrer à la maison. Lily l'attend. Il est de retour. Il arrive. Souhaitons-leur de vivre enfin heureux.

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