• Les déterminants, ces petits mots qu'on croit parfois "vides de sens ", jouent au contraire un rôle fondamental dans l'interprétation d'un énoncé : ce sont eux qui règlent le mode de construction des référents des groupes nominaux.
    Après avoir délimité sur des bases distributionnelles la catégorie des déterminants, ce livre propose un ensemble cohérent de définitions sémantiques permettant d'expliciter les instructions données par chaque déterminant pour actualiser le sens du nom introduit dans l'énoncé. Ces définitions sont formulées à partir de l'observation et de la comparaison systématiques des propriétés syntaxiques des différents déterminants dans les phrases.
    Elles tiennent compte des très nombreuses analyses récentes que les linguistes - dont l'auteur - ont consacrées à ce domaine de la grammaire. L'ouvrage devrait ainsi permettre à quiconque s'intéresse à l'apprentissage et à l'enseignement de la langue de se faire une idée claire du fonctionnement du système des déterminants du français. On sait que les déterminants sont l'une des principales difficultés rencontrées par ceux qui apprennent le français : une compréhension globale du fonctionnement de ce système complexe les aidera donc à manier plus facilement ces "petits mots".

  • Cet ouvrage est une réédition numérique d'un livre paru au XXe siècle, désormais indisponible dans son format d'origine.

  • Dans la tradition grammaticale, la question du pluriel des noms propres a subi l'influence de la logique ; puisqu'un nom propre désigne un individu, il ne devrait pas se mettre au pluriel. Aussi les grammaires relèguent-elle souvent l'étude de son pluriel à la fin des chapitres consacrés au nombre du nom, parmi les cas particuliers.
    Le point de vue de cet ouvrage, fondé sur l'observation des énoncés du français, est radicalement différent. Il part de l'idée selon une logique qui lui est propre - permet de dire "un individu pluriel". Comment expliquer alors la combinaison paradoxale entre le sens fondamentalement singulier du nom propre et le pluriel imposé par le déterminant ?
    Selon les contextes, le paradoxe se résout de différentes façons, et l'objectif essentiel de ce livre est d'étudier les principaux types d'objets pluriels susceptibles d'être construits à partir d'un nom propre. Il faut mettre à part les "pluriels lexicaux" (les Carpates, les Maldives), dont la forme, fixée dans le lexique, reflète la nature particulière de l'individu qui est le référent.
    Parmi les pluriels construits dans la phrase, les "pluriels dénominatifs" ("Il y a quatre Socrate dans l'annuaire de Paris") ne touchent pas à la singularité de l'individu ; ils ne font qu'indiquer la réitération d'actes de dénomination fondée sur la même forme. Les "pluriels discursifs", par contre, permettent soit de dire la multiplicité interne d'un individu, un groupe constitué d'entités en relation avec lui, par métaphore (tous les Hitler futurs) ou par métonymie ("Les Picasso du Louvre").
    Bien que le propos soit strictement linguistique, les faits étudiés devraient intéresser philosophes, logiciens ou psychologues, et plus généralement tous ceux dont la réflexion rencontre une problématique de l'individu.

  • La grammaire générative joue un rôle capital dans l'histoire de la linguistique. Depuis le premier modèle élaboré par Chomsky, cette théorie a connu de multiples réaménagements. Le premier moteur de l'évolution a été la question de savoir quelle place doit occuper la description du sens dans une grammaire. Dans la théorie standard, seul le composant syntaxique de la grammaire est génératif, c'est-à-dire capable d'expliquer l'aptitude d'un sujet parlant à produire et comprendre une infinité de phrases. Le composant sémantique, tel qu'il a été décrit par Katz & Fodor, est interprétatif : il ne fait qu'associer des significations aux objets formels produits par la syntaxe.

    Dans Explorations en théorie sémantique, Weinreich montre qu'une telle conception de la sémantique n'est pas adéquate, et qu'il faut rendre compte, à côté de la créativité formelle, d'une créativité sémantique propre à la langue. Le modèle de Weinreich, conçu pour être compatible avec la syntaxe de la théorie standard, est beaucoup plus intéressant que celui de Katz & Fodor pour décrire la construction du sens d'une phrase. Il comporte en effet des mécanismes génératifs qui permettent d'expliquer l'aptitude d'un sujet parlant à introduire des mots nouveaux dans le lexique, ou des sens nouveaux pour un mot déjà enregistré.

    Faute de traduction, ce texte a été trop peu connu en France. En publiant aujourd'hui une version française, on se propose donc d'éclairer sous un jour nouveau un moment important de l'histoire de la grammaire générative. On veut aussi montrer que, même si la théorie de Weinreich est tributaire, dans sa forme, de représentations datées, elle n'en comporte pas moins un intérêt très actuel. Par exemple, tout en restant fidèle à l'hypothèse chomskienne d'une distinction radicale entre syntaxe et sémantique, le modèle de Weinreich comporte un dispositif capable de prévoir l'articulation du sens des phrases sur un discours, ce qui est une idée extrêmement moderne.

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