• Le 1er décembre 1955, Rosa Parks, assise dans l'autobus, refuse de se lever pour laisser sa place à un passager blanc. Son arrestation va provoquer un mouvement de révolte de la communauté noire contre la politique ségrégationniste des États-Unis et un boycott de la compagnie de bus. En 1964, les lois ségrégationnistes seront abrogées. Mais le racisme d'«État» ne disparaîtra pas pour autant : en Afrique du Sud, la politique d'apartheid («séparation» en Afrikaans) s'appliquera jusqu'en 1991. C'est grâce au combat de Nelson Mandela qu'elle sera abolie. Aujourd'hui encore, le racisme est malheureusement toujours présent dans de nombreux pays occidentaux comme la France : l'isolement de certaines communautés dans des quartiers «ghettos», leurs difficultés d'accès à l'emploi et à un niveau de vie égal au reste de la population... Des discriminations qui donnent une résonance terriblement actuelle à l'engagement de Rosa Parks.

  • Comment ne pas être ému par Le voyage de Clermont-Ferrand, en point d'orgue du recueil, rencontre dans un train où se joue ce vertige d'identités jusqu'au deuil du fils aimé ? Et au mot du jeune Oumar qui passe au "tu" comme un fils nouveau ou ressuscité ? Juste avant le cauchemar où l'auteur voit son squelette sortir de sa propre peau, comme dans une vanité quotidienne. La veine autobiographique palpite dans ces récits, et dans le dernier, avec le nom même de Nimrod...
    Le premier récit, à Venise où "Jamais bain d'iode n'abolira le hasard", annonce la navigation de nos destinées, avec ou sans dés, qui remuent et stagnent, courent entre l'extrême beauté et l'extrême laideur, même quand les anges donnent rendez-vous aux carrefours dans l'impudeur inqualifiable de l'harmonium et que l'horizon des Sahéliens "résonne avec la poussière"... Les tesselles de cette mosaïque des quatre éléments sont placées avec tellement d'humour, aussi, et de bonheur.
    La vraie profondeur, c'est ce que l'écrivain monte et montre à la surface. Au fil du temps, au fil de l'eau, au fil de l'écriture et de la vie.

  • Nimrod est un écrivain, essayiste, poète d'origine tchadienne, dont le nom même est une épure : de Nimrod Bena Djangrang ne subsiste, sur la couverture de ses livres, qu'un prénom aux consonances bibliques. Celui que lui a donné son père, pasteur luthérien du pays de Kim, sur les rives du fleuve Logone.
    L'oeuvre poétique et romanesque de Nimrod évoque la guerre et ses avatars, mais ne la montre que fort peu. Il s'en est expliqué : «J'ai toujours mal toléré le catalogue d'horreurs que certains romanciers africains font de la guerre. De mon point de vue, la création littéraire sera toujours tenue de faire montre de pudeur. L'excès qui lui est propre ne vient pas de sa capacité à faire complaisamment la peinture du mal, mais de la forme efficace qui lui permet de tout suggérer et de tout faire sentir.» Élégance donc, et force de la suggestion... En vérité, Nimrod se méfie du rôle que l'Histoire impose, au prix de mille falsifications, à l'écrivain africain, condamné à adopter le comportement littéraire que l'on attend de lui.
    Reste que la poésie de Nimrod va et vient entre deux mondes et que l'exil a fait de lui un apatride à vie. Les premières pages de Babel, Babylone, recueil dont le poète a souhaité la reproduction intégrale dans cette anthologie personnelle, sont à cet égard des plus significatives. Le retour à la terre natale, où vit encore sa famille, s'apparente à un deuil tant l'exilé se sent étranger en son propre pays. Et l'on comprend que le titre de la première section du recueil - Peine capitale - est à prendre au pied de la lettre : l'exilé qui revient sur la terre de son enfance est en danger de mort; sa peine est incommensurable ; l'air qu'il respire est un suaire. Dans ces conditions, la question est moins de savoir où vivre que de savoir quelle place offrir en soi au passé. On ne peut échapper aux aspirations passéistes de la nostalgie qu'en la déportant sur l'axe du temps à venir. Pour l'écrivain, la mémoire n'est pas derrière nous, mais devant. Elle se réinvente chaque jour, comme se réinvente le paysage.
    (Extraits de la préface de Bruno Doucey.)

  • Nous sommes dans les années 1930, à Paris. Le jeune poète martiniquais et ses amis, parmi lesquels Léopold Sédar Senghor et Léon-Gontran Damas, lancent le mouvement de la négritude et invitent tous les peuples des anciennes colonies, des Antilles au Sénégal, à se sentir fiers de leur culture plurielle.

  • « «Tu vois, mon cher Kouassi, reprit Pierre, c'est un spectacle délicieux de voir Zouna livrée à ton corps. L'autre jour, je me disais, comme je vous vois là, si ta connaissance des sciences européennes, de la littérature et de la philosophie ne t'avait pas aveuglé en fin de compte.
    Ce n'est pas parce que je t'aime, et Fanny aussi, ainsi que Jules et Laurent que cela te rend pareil à nous. Dis-moi, crois-tu être devenu un Blanc ?» J'ai souri à la chute de sa phrase, mais réagit-on toujours intelligemment en pareille circonstance ? Zouna a elle aussi souri, mais ce fut un rictus. Seule Fanny est restée maîtresse d'elle-même, outrée qu'elle fût - pétrifiée, pétrifiante. » Un dandy ivoirien, orphelin adopté par un puissant personnage de son pays, déborde de finesse d'esprit, d'amitié, et d'élans poétiques entre la canopée ivoirienne et la canopée parisienne. Autour du protagoniste narrateur qui avance masqué, une poignée de Français, amis trentenaires du monde de l'édition, de moeurs et de culture raffinés, d'extrême élégance existentielle. Tout est si harmonieux, sensuel, léger, rare, sentimental même... Comment prévoir le dérapage de l'un d'eux, laissant planer une menace bien réelle, en plein Quartier Latin, au coeur de Paris?
    La traversée de Montparnasse, bouleversant de mots en mots feutrés, jusqu'au dernier, est un rom.

  • Gens de brume

    Nimrod

    L'Afrique, encrage du poème, des reminiscences du temps fragile de l'enfance. Un temps retrouvé dans l'évocation des parfums, des odeurs de sucre et de peau, les odeurs du fleuve, celles de la boue. Entre le poème et la prose Nimrod ne choisit pas. Sa langue est une voie dérobée où marchent depuis trente ans ses «Gens de brume» aux lisières de l'aube.   

  • L'enfant n'est pas mort

    Nimrod

    1er avril 1960 : un bébé noir est tué par la police dans un ghetto d'Afrique du Sud.
    C'en est trop pour Ingrid Jonker, une jeune blanche qui fonce rencontrer la mère de la victime. Elle, la fille de l'un des dignitaires de l'apartheid, va écrire un poème bouleversant à la suite de ce drame. Mai 1994 : Mandela monte pour la première fois à la tribune de l'assemblée. Devant les députés médusés, il lit le poème d'Ingrid Jonker. Car la poésie est le fil de soie qui relie Nelson et Ingrid, par delà les différences de couleur de peau. Faisant alterner avec brio la grande figure de Mandela et la fragile silhouette de la poète, Nimrod nous entraîne dans la douloureuse tragédie d'un pays qui se mêle au mal de vivre d'Ingrid.
    Comment survivre quand votre père est une ordure et qu'il vous renie ?

  • Jambes d'alice (les)

    Nimrod

    Aux portes de n'djamena.
    Capitale du tchad en proie à la guerre civile, les gens se pressent pour trouver la paix des campagnes. c'est au coeur de ce tumulte qu'un jeune professeur de français qui tente de rejoindre sa femme et sa fille croise l'une de ses élèves - objet de ses fantasmes les plus inavouables. devant lui, si près de lui, alice - et sa démarche inoubliable - l'attire jusqu'au vertige. ensemble ils vivront quelques jours aux confins de la sensualité.
    L'écriture à la fois lyrique et très maîtrisée de nimrod met en scène avec une superbe clairvoyance les dérives d'un homme subjugué par la splendeur d'un corps qui, à ce jour n'avait été que rêvé. mais le désir est fragile l'assouvissement charnel a ses limites - la réalité sociale aussi.

  • Pour la première fois, Nimrod affiche sur une couverture un nom qui le relie à son pays. Sur les berges du Chari nous entraîne sur les rives du fleuve qui se jette dans le lac T chad. L'occasion nous est alors donnée de découvrir des paysages, des ciels, des oiseaux, une terre « qui renoue avec l'eau » ; sans omettre ces êtres qui tirent leur subsistance du fleuve, où se déploient leurs éperviers, et qui connaissent les violents soubresauts de l'Histoire en marche.
    Nimrod ne passe sous silence ni « la honte noire » des concessions négrières ni la répression qui menace le pays dont il est aujourd'hui un lointain exilé. Et parce que tout cours d'eau scinde en deux le paysage qu'il traverse, le poète s'attache au « district nord de la beauté » qui tient lieu, pour lui, de boussole et de cap.

  • Le bal des princes

    Nimrod

    Après de longues années d'exil, un jeune professeur de littérature est en partance pour le village de son aïeule.
    Ce matin-là, il traverse le fleuve et rejoint la terre de son enfance, mais au calme habituel s'est, semble-t-il, substitué une étrange agitation : l'un des colonels de l'armée est attendu dans cette campagne tchadienne pour une visite très officielle. alors que les regards du jeune homme s'évadent vers la beauté des paysages alentour, les villageois l'identifient sans tarder comme la seule personne capable de leur servir d'interprète auprès du colonel.
    Car les dialectes en ces régions sont multiples et l'isolement de ces provinces du sud ne pourra s'effacer qu'au prix de l'engagement des populations dans un même combat. dans la lumière de midi, le jeune homme devient le médiateur entre le chef de village et cet illustre chef de guerre : une sorte de passeur sommé de rendre intelligibles l'ancien et le moderne, d'être le dépositaire des uns et des autres - bien qu'incompris des deux camps -, pour qu'advienne, peut-être, un monde plus homogène.
    A travers cette rencontre entre un fils de l'exil et le pouvoir incarné par un militaire, nimrod explore l'infini du sensible. dans une langue éminemment poétique, son personnage aborde les rivages de ses contraires : cette condition d'étranger qui fait de lui un amoureux des êtres et des lieux de cet autre versant de sa vie.

  • L'or des rivières

    Nimrod

    Revenant au pays comme chaque année pour visiter sa mère.
    Nimrod emprunte aux premières lueurs de l'aube les ruelles ocre de son quartier d'antan. Par-delà les années la vieille dame n'a pas bougé, et pour son fils exilé, voyageur lettré de passage en ce monde dont elle préserve l'intemporelle réalité, un sentiment soudain se précise : "C'est ma mère qui invente ce pays. Comme j'ai mis longtemps pour formuler cette idée. Elle est si simple pourtant. Dépouillé depuis toujours de la moindre de mes richesses, surtout lorsque j'ai eu dix-neuf ans - qui est l'âge de la guerre civile -, le pays ne cesse de me piller.
    Ma mère incarne ce dénuement. Aux poètes tchadiens - présents et à venir - je dédie cette par-celle de nudité que même la fraîcheur matinale dé-daigne désormais. Il faut beaucoup d'imagination pour lui trouver un attribut maternel. C'est mon rôle à moi qui suis poète. Ma mère invente le Tchad." A partir de ce subtil hommage, Nimrod déploie, dans une succession de tableaux, des récits dans lesquels il réenchante les bonheurs passés, évoque les rares moments de partage avec son père, grand absent de sa vie, et revient aux origines de son tempérament contemplatif, comme si dans l'enfance il percevait déjà l'inévitable départ et dès lors s'efforçait de préserver en lui un refuge aux dimensions de l'univers : la poésie est fille de mémoire.

  • Depart (le)

    Nimrod


    "j'aime le murmure des nuages ; je les compare
    volontiers à des " moutons d'infini " : ils s'alimentent dans la verte plaine de mon coeur.
    " ce récit est celui d'une enfance au tchad. la baignade des filles nubiles, le parfum des forêts, la féerie de la plaine cèdent le pas à la marche solitaire sous le soleil. peu à peu un garçon de huit ans découvre et raconte sa fascination pour la borne bleue de l'infini. les déménagements d'un quartier à l'autre puis de pays en pays vont exacerber sa quête du père : un pasteur toujours absent, dévoué au peuple de dieu plus qu'à sa propre famille.
    seul, l'enfant construit son amour des repères. son oeil cherche à fonder un pont entre son coeur et l'azur, sa patrie et l'exil. enfermé entre ses copains et une petite sueur aimante, le futur jeune homme lutte contre la nostalgie. sans le savoir, il apprend à devenir écrivain. il traque déjà l'horizon du premier langage.

  • Un balcon sur l'Algérois

    Nimrod

    Un balcon sur l'Algérois est le récit d'une fulgurance amoureuse - celle d'un jeune Africain avide de culture et de beauté venu s'installer à Paris dans les années 1970 avec une grande bourgeoise française, sorte de mante religieuse des Lettres, femme de pouvoir à qui rien ne doit être refusé. Dans une langue toujours plus poétique, jouant, comme dans Les Jambes d'Alice, avec l'autofiction sans jamais renoncer à l'imaginaire, Nimrod écrit les amours possessives et passionnelles de deux êtres diamétralement opposés.

  • Nous l'attendons au balcon de son bureau sis au théâtre municipal. Une discrète mise en scène s'opère dans mon esprit. Les audiences du poète, bien que n'ayant assisté à aucune d'elles, la première fois que voilà me permet d'y entrer de plain-pied. C'est que j'y ai participé à de nombreuses reprises pour avoir visionné des films, des reportages, des actualités. On y voit entrer sa voiture dans cette même cour.
    Ce matin, le chauffeur fait les mêmes manoeuvres. Je me tiens au lieu exact où les caméramans captent leurs images.

  • La nouvelle chose française

    Nimrod

    "Comment endosser la posture d'un écrivain qui, a priori, devrait être présenté comme étant dépourvu de lecteurs, de critiques, de journaux, de machines éditoriales et, d'une certaine façon, d'appartenance nationale ? Telle est la situation de l'écrivain africain de langue française. L'exil est son essence, à l'image de la littérature où il s'inscrit, née sur les quais de la Seine, à l'ombre de la Sorbonne, dans les années 1930. La Nouvelle Chose française est le manifeste de ce paradoxe. Senghor est celui qui l'a bien compris, qui, sachant que nous n'aurons pas avant quelques siècles le lectorat, l'économie culturelle nécessaire à l'épanouissement de nos écrivains et de notre littérature, invente la francophonie. Les essais réunis dans ce volume sont pour moi l'occasion d'analyser mon statut d'écrivain exilé pour tenter de comprendre ce dont il retourne quand on écrit loin de chez soi, avec des lecteurs et des critiques étrangers à l'univers de notre création. Traduire des imaginaires et des histoires " d'outre-ciel " dans la langue de Rabelais n'est pas une mince prouesse quand on est sénégalais ou tchadien, mais les frontières du français sont plus vastes que celles de l'hexagone." Tels sont les mots de Nimrod, qui propose dans ce livre une profonde réflexion sur l'essence de l'exil, le territoire de l'imagination et les frontières de la langue pour un écrivain.

  • Si l'on veut bien admettre que l'art, le théâtre, la poésie ne sont pas des affaires privées mais qu'ils sont par essence des biens publics, nécessairement à partager puisqu'ils sont dans la cité l'occasion d'une émancipation collective des consciences, quelles conséquences pour ceux qui en sont les protagonistes ?
    Quelle sorte de contrat, implicite ou explicite, symbolique et financier, s'établit entre public, artistes et pouvoirs publics ?
    C'est à ces questions que, chacun à sa manière, directe ou allusive, répondent les contributeurs de ces XVes États provisoires du poème, dans une période où le retrait de l'État et des collectivités territoriales dans tous les domaines de la création fait craindre que se perde cet esprit public qui a fondé historiquement la politique culturelle de notre pays.

  • Enfant silencieux jusqu'à six ans, Léon Gontran Damas quitte bientôt la Guyane pour la Martinique, puis Paris. C'est là que ce jeune homme libre, amateur de jazz, va rencontrer Césaire et Senghor.
    Les trois poètes révolutionneront la poésie, en inventant la négritude ; la défense des valeurs des peuples noirs.

  • Ce coffret rassemble les 3 titres sur les poètes de la négritude : Senghor, Damas et Césaire ont inventé le concept de négritude - défense des valeurs des peuples noirs - en 1934, tout en révolutionnant la poésie qui s'enrichit d'une langue française aux couleurs du Sénégal, de la Guyane et de la Martinique. Une indispensable page d'histoire pour les enfants.

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