• Très loin sur la côte nord du golfe Saint-Laurent se trouve au milieu du chemin un panneau de signalisation portant le mot FIN : le voyageur doit s'arrêter à cette hauteur. Or, au-delà de la limite de l'asphalte existent sur plusieurs centaines de kilomètres des communautés qui ne sont accessibles que par les airs, l'eau ou la glace, selon les saisons. Fascinée depuis son enfance par le bout de la route 138, Noémie Pomerleau-Cloutier est allée à la rencontre des Coasters - innus, francophones et anglophones -, a enregistré leurs voix pour remailler en poème ces territoires morcelés et ces luttes à finir. La patience du lichen est un témoignage poétique d'une rare envergure, un reportage au grand coeur qui plonge dans l'histoire et l'intimité de cette partie méconnue du Québec.

    Le reste du monde n'est pas plus large que ce qui afflue ici

  • Il imaginait pour toi des encyclopédies, t'initiait à la langue sylvestre. Au coeur des déracinements de l'adolescence, tu grandissais en épinette noire. Ta ligne de vie suivait les stries du roc, les vagues du bois que parcourait ton père ingénieur forestier, celui qu'il a pris brutalement une dernière fois, traçant pour la suite un sillon de douleur, te plantant une branche en travers du tronc.

    Brasser le varech saisit la vulnérabilité et l'étendue des territoires nord-côtiers, refait le chemin des années longues, remuées par le ressac du chagrin et du deuil. Contemplatif et personnel, il se présente comme un nid de nature et de références botaniques. Le code, c'est la flore laurentienne. La clé pour ouvrir la voûte, pour construire son quai, pour réapprendre à parler la langue paternelle.

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